Vous avez jusqu'en septembre 2027 pour émettre vos factures en électronique
La réponse courte : oui, vous avez le temps. Vous n'avez rien à changer à votre façon de facturer aujourd'hui. Mais une chose se prépare dès maintenant, elle est gratuite, et c'est la seule qui prend vraiment des mois : remettre au propre les coordonnées de vos clients professionnels. Sans SIRET juste en face de chaque client, votre facture ne partira pas.
Un commercial vous a peut-être appelé. Votre comptable vous en a peut-être touché un mot. Et vous vous êtes posé la seule question qui compte : est-ce que je dois faire quelque chose maintenant, ou pas ? Voici la réponse, en français normal.
Où on en est exactement, en trois phrases
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir une facture électronique. C'est déjà en vigueur. Les grandes entreprises et les ETI, elles, doivent déjà en émettre.
À partir du 1er septembre 2027, ce sera votre tour : les TPE, les PME, les micro-entreprises et les auto-entrepreneurs devront émettre leurs factures au format électronique. C'est-à-dire la quasi-totalité des artisans.
Entre les deux, il y a un an. C'est un délai confortable, et il n'y a aucune raison de le vivre autrement. La seule chose utile à savoir, c'est dans quel ordre s'y prendre pour que ça se fasse sans y penser.
Si vous voulez le calendrier complet, avec les deux dates et ce qui se passe côté réception, il est détaillé dans notre guide du calendrier 2026-2027. Ici, on parle uniquement de ce que vous, artisan, pouvez préparer d'ici là.
Le point qui coince n'est pas celui qu'on croit
Quand on parle de facture électronique, tout le monde pense au logiciel. C'est la partie facile : elle se règle en une après-midi, le moment venu.
La partie lente est ailleurs. Prenons un cas très ordinaire. Vous posez du carrelage pour la même entreprise générale depuis six ans. Vous avez son nom, un numéro de portable et l'adresse du dépôt. Le jour où un outil vous demandera son numéro SIRET, vous ne l'aurez pas sous la main : il est peut-être sur un contrat de sous-traitance, dans un classeur, quelque part.
Un client, ce n'est rien. Soixante, c'est une soirée à fouiller des papiers. Ce sont les données clients qui prennent du temps, pas l'outil — raison de plus pour s'en occuper à froid, sur l'année.
Une facture électronique, c'est quoi au juste ?
Aujourd'hui, vous faites une facture, vous l'imprimez ou vous en faites un PDF, et vous l'envoyez par mail. Le client la lit avec ses yeux. Si vous écrivez « TVA 10 % » ou « T.V.A : 10% », ça n'a aucune importance : un humain comprend.
Une facture électronique, c'est autre chose. C'est un fichier qui contient des données structurées : le SIRET de votre client, les montants, les taux de TVA, des identifiants. Chaque information est rangée dans une case précise, pour qu'une machine puisse la lire sans se tromper.
Et une machine, ça ne devine pas. Si la case du SIRET est vide, ou si le numéro est faux, la facture ne part pas : elle ne trouve pas son destinataire.
Les formats, en une ligne
Trois formats sont admis : Factur-X, UBL et CII. Vous n'avez pas à les connaître, ni à les fabriquer vous-même : c'est le travail de l'outil. Le mot reviendra dans les discussions commerciales, ce sont ces trois-là.
Le vrai chantier : votre fichier client
Voilà le conseil le plus utile de cet article, et le moins évident : commencez par vos clients, pas par le logiciel.
Est-ce que vous avez, pour chacun de vos clients professionnels :
- le SIRET exact, celui de l'établissement avec qui vous travaillez ?
- la raison sociale complète, celle des papiers — pas « Dupont Bâtiment » quand la société s'appelle autrement ?
- l'adresse de facturation, qui n'est pas toujours celle du chantier ?
- le bon contact pour les factures, qui n'est presque jamais le conducteur de travaux ?
Si vous êtes comme la plupart des artisans, la réponse est « pour certains oui, pour beaucoup non ». Les coordonnées du syndic sont notées à la main sur un carnet dans le camion. Le SIRET du promoteur est sur un devis signé il y a deux ans, dans un classeur. Le nom exact de la société de la boîte d'électricité pour qui vous sous-traitez, vous ne l'avez jamais vraiment su.
Jusqu'ici, ça n'avait aucune importance : un mail avec une pièce jointe arrive quand même. À partir du moment où la facture est un fichier lu par une machine, ces informations deviennent nécessaires. C'est tout — et c'est un travail que vous pouvez commencer ce soir, gratuitement, sans acheter quoi que ce soit.
Comment s'y prendre sans y passer ses dimanches
Pas besoin de tout faire d'un coup. La méthode qui marche est simple et lente.
Faites la liste de vos vingt plus gros clients pros. Vingt, pas cent : ceux-là couvrent déjà la grande majorité de vos factures.
Récupérez leur SIRET au fil de l'eau. Chaque fois que vous en croisez un — contrat de sous-traitance, bon de commande, courrier — vous le notez au même endroit. Un annuaire d'entreprises en ligne fait le reste pour ceux qui manquent.
Demandez-le pour les nouveaux. Quand un client professionnel vous confie un chantier, demandez son SIRET et son adresse de facturation en même temps que le reste. Personne ne s'en offusque : c'est même plutôt bon signe côté sérieux.
Rangez tout au même endroit. Un seul endroit. Pas le carnet plus le téléphone plus le tableur plus la mémoire.
Un détail qui compte. Une société peut avoir plusieurs établissements, donc plusieurs SIRET. Celui du siège n'est pas forcément celui de l'agence avec qui vous travaillez. Demandez le numéro de l'établissement qui vous paie.
Le deuxième chantier : votre façon de facturer
Le tableur, ça marche. Beaucoup d'artisans facturent comme ça depuis quinze ans, et honnêtement, ça tient.
Sauf que le tableur a des habitudes qui vont mal vieillir. La numérotation qui saute parce qu'on a dupliqué l'onglet du mois dernier sans changer le numéro. Le total qui ne tombe pas juste parce qu'une formule s'est décalée. Deux factures avec le même numéro à trois mois d'écart, sans que personne ne s'en aperçoive. Tant que c'est un humain qui lit, ça passe.
Profitez de cette année pour reprendre ces bases : une numérotation continue et sans trou, des taux de TVA appliqués proprement selon les travaux, une facture qui reprend exactement les postes du devis. C'est du travail utile même si la réforme n'existait pas : ça évite les litiges et ça accélère les paiements.
La plateforme : le sujet qui peut attendre
Pour émettre, il faudra passer par une plateforme agréée, immatriculée par la DGFiP — soit directement, soit via un logiciel qui est relié à l'une d'elles.
Et non, il n'y a pas de solution gratuite de l'État. Le portail public de facturation (le PPF) n'assure plus ni l'émission ni la réception depuis octobre 2024. Il sert d'annuaire et de concentrateur de données. Si quelqu'un vous dit « vous ferez ça gratuitement sur le site des impôts », c'est faux.
En juin 2026, la DGFiP avait immatriculé environ 134 plateformes agréées. C'est la bonne nouvelle : le marché est large, et rien ne vous oblige à trancher vite. Ne signez donc rien sous pression — un commercial qui vous demande de décider tout de suite est une raison suffisante de raccrocher.
Quand vous serez prêt à comparer, notre comparatif des plateformes pour le BTP et notre guide général de la réforme sont là pour ça.
Un déroulé de bon sens sur l'année
Ce qui suit n'est pas une obligation légale : il n'y a qu'une date qui compte, septembre 2027. C'est simplement un ordre de bon sens, pour ne pas tout faire en même temps.
Ce qui se prépare tranquillement dès maintenant : le fichier client. Les vingt gros d'abord, le reste au fil des chantiers. Et le réflexe de demander le SIRET à chaque nouveau client pro.
Ce qui vient ensuite, sans se presser : remettre au propre la numérotation et les mentions de vos factures. Et poser une question simple : « qu'est-ce que vous prévoyez pour l'émission ? » Selon votre situation, l'interlocuteur n'est pas le même — l'éditeur de votre logiciel si vous en avez un, votre expert-comptable s'il édite vos factures. Peut-être que votre outil évoluera tout seul et que vous n'aurez presque rien à faire ; peut-être pas. On ne peut pas le deviner à votre place, mais la question est gratuite.
Ce qui peut attendre 2027 : le choix de la plateforme, ou du logiciel relié à une plateforme. Et, si vous le souhaitez, un essai à blanc avant l'échéance avec un client de confiance, pour découvrir les cailloux avant qu'ils ne bloquent une vraie facture.
Le fil rouge est celui-là : les données d'abord, les outils ensuite. Avec un fichier client propre, changer d'outil se fait en une après-midi. Avec des données en vrac, c'est laborieux quel que soit l'outil retenu.
Ce que vous n'avez pas à faire aujourd'hui
Aussi important que le reste, parce que c'est là que se glissent les démarchages abusifs :
- Vous n'avez pas à arrêter d'envoyer vos factures par mail à vos clients. Rien ne change pour vous avant septembre 2027.
- Vous n'avez pas à choisir une plateforme aujourd'hui. C'est une décision de 2027, et le choix est large.
- Vous n'avez pas à changer de logiciel de facturation dans l'immédiat. Commencez par demander à votre éditeur ou à votre comptable ce qui est prévu ; vous déciderez après, en connaissance de cause.
- Vous n'avez pas à comprendre les formats techniques. Factur-X, UBL, CII : c'est le travail de l'outil, pas le vôtre.
- Vous n'avez pas à payer une « mise en conformité » anticipée à qui que ce soit sans savoir précisément ce qu'elle recouvre.
La bonne posture est celle du chantier bien préparé. On ne coule pas la dalle le premier jour. On fait les fondations, et le reste va vite.
Sans rapport avec la réforme. BatiSpot ne fait pas de facturation électronique et ne vous met pas en conformité. En revanche, vous dictez votre chantier et vous obtenez un devis détaillé en quelques minutes, avec vos clients et vos chantiers gardés au propre au même endroit. Du temps rendu à l'atelier plutôt qu'à la paperasse.
Vérifiez toujours à la source. Le référentiel officiel est impots.gouv.fr, page « Facturation électronique et plateformes agréées ». C'est là que figure la liste des plateformes immatriculées par la DGFiP. En cas de doute sur votre situation, votre comptable reste le bon interlocuteur.